Au fait c’est quoi faire un grand voyage quand on est haut comme trois pommes ? On vit comment de rater la sieste un jour sur deux pour suivre ses parents et ses grandes sœurs dans leurs excursions variées quand on a tout juste 3 ans ? On voit quoi quand on a la taille d’un demi-adulte et qu’on doit tendre tout entier le bras quand on boit à la bouteille et qu’elle a un format 1,5l ?

Les aventures et mésaventures d’Avril en Indonésie

Pour en avoir une idée, voici le petit récit de la journée d’Avril aujourd’hui. Après un petit déjeuner en famille où elle a bu un grand verre de lait, mangé trois céréales et une tartine à la confiture d’ananas, Avril a engagé un premier bras de fer pour ne pas aller se débarbouiller, alors même que la confiture d’ananas comme toutes les confitures c’est très collant et on s’en met partout.

Après 20 minutes de discussion et un accord bipartite âprement négocié, Avril est toute propre et pimpante. Tout le monde est prêt à partir pour le centre d’Ubud. Tout le monde, enfin presque tout le monde. Avril, elle, préfèrerait regarder un film en indonésien parce que son père a vaguement fait la réflexion qu’il y avait une télé dans la maison mais que tout était en indonésien. Alors là, dans ces cas là, tout devient objet à discussion : le choix des chaussures, le choix de la coiffure, qui éteint la lumière, qui ferme la porte, qui passe en premier par la porte… Jusqu’à ce que l’on soit vraiment en route tout n’est que drames et cris.

Une fois dehors tout va mieux. Il y a toujours plein de choses inattendues à découvrir : la libellule rouge qui volète de joncs en joncs, les offrandes de fleurs déposées devant la porte du voisin, les têtards du ruisseau qui borde le chemin… Et puis les marches du sentier sont hautes comme ses tibias, donc ca se monte avec précaution.

Bref voyager avec Avril, ca prend trois plombes mais là comme c’est pour la bonne cause, on rale tous moins…

Tiens, un chien passe. Avril toute contente appelle tout le monde, le montre du doigt tout en avançant, du coup met son pied dans le fond de ruisseau boueux et finit par y glisser complètement. Bon évidemment être couverte de boue de la tête au pied ce n’est pas sympa. Retour à la case départ : la maison, pour se changer de nouveau.

Pour de vrai, voyager avec des enfants c’est sympa, mais il faut juste avoir beaucoup du temps et être très très zen.

En même temps ca donne lieu à de jolis moments comme des séquences d'une dramaturgie intense. Je passe donc rapidement sur la découverte d’Ubud, la marche d’un temple à l’autre avec le jeu incessant de « je veux ma cackette… ah non je veux plus ma cackette ». Je passe aussi sur la glace à la mangue qui ne lui a pas fondu dessus et qui lui a tant plu. Je passe sur les courses dans les traverses du marché. A la fin de la matinée, elle était tellement aguerrie que c’est elle qui nous disait « Et là, il y a un temple. Tu viens le voir maman ? »… Je passe sur tout ça, tous ces bons moments pour arriver à la nouvelle séquence émotion qui a fait probablement le plus battre son cœur.

Sur le chemin du retour, pas loin justement du lieu de sa glissade du matin, elle court, pas rancunière, pour voir les canards venus nettoyer la rizière voisine. Elle s’extasie et coin-cointe, sans voir à 15 cm derrière elle, les paniers à coqs (ceux qui sont allés en Asie verrons de quoi je parle : sorte de paniers d’osier renversés dans lequel on garde ou transporte les poules et les coqs). « Avril regarde les coqs derrière toi », lance sa sœur. Après un petit sursaut de surprise, elle se réfugie dans mes jambes et se met à avancer doucement sur le chemin. Les poules s’excitent. Le dernier coq de la file s’ébroue tant et plus. Il arrive à soulever le panier et s’en échappe, juste quand elle passe devant lui. Petit coup de frayeur, mais elle s’en sort avec les honneurs.

Après tant d’émotions et sous cette chaleur accablante, je pensais qu’elle s’effondrerait pour la sieste. Pas du tout… Après 30 minutes à essayer de l’endormir, elle me propose « Maman tu fermes les yeux ». J’obtempère. Je la sens qui glisse et descend doucement du lit. J’ouvre les yeux et lui demande ce qu’elle fait. Elle me répond avec aplomb : « Non maman ! Ferme les yeux ! Je te fais un tour de magie : je disparais ».

1: Sur la fameuse route des mesaventures - 2: la gadoue la gadoue la gadoue -  3: Avril sait se faire sa place - 4: Avril plus si petite que ça
1: Sur la fameuse route des mesaventures - 2: la gadoue la gadoue la gadoue -  3: Avril sait se faire sa place - 4: Avril plus si petite que ça
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Ubud, le 7 mai

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